Film de la semaine : « Lunettes noires »

On a toujours affaire à un « problème » de perception (et donc de connaissance) dans le cinéma de Dario Argento. Qui regarde? Qu’est-ce qu’il regarde? Qui regarde le personnage principal ? Et le tueur ? Les « lunettes noires » n’échappent pas à cette tentation de voir – la grande affaire du cinéma tout court – à tel point que le film s’ouvre sur une métaphore éblouissante, celle de la vue cachée due à une éclipse solaire obscurcissant une chaude journée d’été romaine† L’obscurité enveloppe la ville alors que Diana est poursuivie par un tueur en série qui cible des prostituées de haut niveau. La jeune femme, tentant d’échapper à son agresseur, perd la vue après un accident de voiture. Diana va donc devoir apprendre à vivre sans pouvoir voir, mais désormais elle n’est plus seule. Pour la défendre et lui faire des « yeux », Nerea, son chien, et Chin, un petit orphelin d’origine chinoise, qui a également survécu à l’accident. Ses deux aides, l’enfant et le chien, la rejoindront dans sa fuite devant le tueur (correspondant au déménagement de la ville à la campagne) bien décidée à finir ce qu’elle a commencé, dans une fuite continue d’un possible mort…

Bien acheminé sur ce circuit jaune « Argentiano » très reconnaissable cependant, le film s’ouvre d’emblée à de multiples suggestions cinéphiles et littéraires, laissant peut-être derrière lui la cohérence narrative de nombreux passages dans la rue (les puristes de l’histoire baissent le nez, patience…), mais transmettent au spectateur ce sentiment de plaisir, de légèreté, parfois même de liberté euphorique, que peu attendaient d’un maître presque tous considéré comme artistiquement abouti. En effet, le réalisateur romain ne s’intéresse plus aux mécanismes de détection, mais plutôt à montrer la fuite, le mouvement, la recherche de la rédemption, ainsi que la descente dans un aveuglement qui n’est pas tant physique qu’une dimension de l’être au monde. Ainsi, en faisant cela, Argento revient nous surprendre à sa manière cruelle et amusée (le sien est encore un monde de traumatismes générateurs de monstres), aussi pour récupérer sa fille Asia – très inspirée – et nous montrer sous un nouveau jour pour montrer que animal cinématographique qu’elle sait être Ilenia Pastorelli.


Direction: Dario Argento; interprètes : Ilenia Pastorelli, Asia Argento, Guglielmo Favilla ; Scénario: Dario Argento, Marco Ferrini; La photographie: Matteo Cocco, Luciano Tovoli; la cueillette: Flora Volpérière; La musique: Arnaud Rebotini ; Scénographie : Marcello di Carlo. Distribution: 01. Italie, France, 87′, 2021.

A Florence, il est dans ces salles : Adriano, Marconi, L’Espace, Uci.

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25 février 2022 | 14:43

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Sharon Carpenter

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