France : le différend sous-marin dégénère en crise de l’Otan

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La France en désaccord avec les États-Unis : le différend sous-marin se transforme en crise de l’OTAN

Le retrait de l’ambassadeur de France des États-Unis sera un test de résistance pour la cohésion américano-européenne. Paris critique implicitement la tournée pacifique de Washington en solo comme l’Afghanistan.

En colère : le président français Emmanuel Macron est en colère contre l’administration Biden. Les Français l’ont ignoré lors de la commande de sous-marins.

Christophe Petit Tesson / Piscine / EPA

La querelle sur les activités sous-marines dans le Pacifique fait des vagues jusqu’à l’Atlantique. Côté américain, le New York Times s’étonne que la France ait rappelé l’ambassadeur de Washington pour la première fois depuis 1778. À Paris, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian accuse les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie de rien de moins que « d’ambiguïté » et de « trahison » après avoir abandonné un contrat de sous-marins de plusieurs milliards de dollars avec la France.

La France a gagné – et perd maintenant de toute façon

Le Drian ne soulève pas ces accusations par vaine audace. En tant que ministre de la Défense, il a lui-même négocié avec l’Australie la livraison de douze sous-marins français Shortfin Barracuda à partir de 2014. L’affaire était à la pointe puisque l’allemand ThyssenKrupp a soumis un projet concurrent valable.

La France – le seul pays, à l’exception des États-Unis, à maîtriser la technologie de la propulsion nucléaire militaire – a proposé l’énergie nucléaire parce qu’elle augmente considérablement la portée des bateaux d’assaut dans l’interminable océan Pacifique ; les Australiens se sont abstenus de le faire, mais ont quand même choisi les Français. Le fait que Canberra justifie désormais le passage aux bateaux américains à propulsion nucléaire est particulièrement amer aux chantiers navals de Cherbourg (Normandie).

Le Premier ministre australien Scott Morrison défend son contrebandier de sous-marins

Le Premier ministre australien Scott Morrison défend son contrebandier de sous-marins

Image : pierre angulaire

Le gouvernement australien a affirmé au cours du week-end qu’il s’était « objecté » aux sous-marins français tôt et avait « honnêtement » informé Paris du changement imminent.

Pour Le Drian, c’est un pur « mensonge ». Lors du dernier sommet du G7 en juin, l’hôte Boris Johnson, le président américain Joe Biden et le Premier ministre australien Scott Morrison s’étaient déjà retirés des pourparlers sur leur pacte tripartite contre la domination chinoise dans l’Indo-Pacifique et avaient préparé l’accord sur les sous-marins.

Le participant français au sommet Emmanuel Macron est resté ignorant et tenu à l’écart, bien qu’il ait lui-même promu une stratégie commune indo-pacifique contre la Chine pendant des mois. 1,5 million de Français vivent dans la région, par exemple dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie ou de Polynésie, où les Français ont également stationné des troupes.

Même lorsque Macron a rencontré Morrison en personne trois jours après le G7, l’Australien ne lui a pas expliqué la « trahison » (selon Le Drian). Les choses sont devenues encore plus flagrantes fin août lorsque les ministres des affaires étrangères et de la défense de la France et de l’Australie se sont rencontrés : dans une déclaration commune, ils ont souligné l’importance du programme de sous-marins français sans dire un mot sur le projet de remplacement des sous-marins américains, qui sont déjà sécurisés. Mercredi dernier, le président français Emmanuel Macron a été informé par la presse que les Australiens faisaient un changement brusque.

Le Drian rappelle que la France est membre de l’OTAN. « Dans une véritable alliance, vous vous parlez et vous vous respectez. Ce n’était pas le cas ici », a-t-il dit en glissant sur le côté : « La méthode Biden ressemble de plus en plus à celle de Trump. » Et surtout, l’affaire des sous-marins menace de se dessaisir avec la nouvelle stratégie de l’Otan. Madrid en 2022.

L’OTAN comme construction de mort cérébrale ?

La France, traditionnellement soucieuse de son indépendance, a critiqué le traité de l’Atlantique Nord dominé par les Américains depuis l’époque de De Gaulle. Macron l’a même qualifié en 2019 de « mort cérébrale » tout en prônant un parallèle avec la création d’une « armée européenne ». Cependant, cela aussi a reçu peu de réponse de ses partenaires allemands.

Cette rhétorique mise à part, Paris s’était révélé au cours des dernières décennies être un partenaire fiable en matière militaire, que ce soit en Irak, en Syrie ou en Afghanistan. Au Mali, 5 000 soldats d’élite français travaillent en étroite collaboration avec le renseignement américain.

C’est pourquoi Macron demande également son mot à dire sur la stratégie occidentale, et non purement américaine, dans l’Indo-Pacifique. Il ne reçoit pas non plus beaucoup d’attention de la part de l’administration Biden.

Victorine Pelletier

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