Que va-t-il se passer en France ?

Le premier tour des élections françaises a conduit à la victoire d’Emanuel Macron et les sondages montrent que, même à la marge, le président français sera réélu pour un second mandat (inhabituel pour les données françaises). Mais les expériences traumatisantes de Trump et du Brexit ont soulevé des inquiétudes légitimes quant au résultat des élections. Trois questions cruciales se posent ici : pourquoi l’écart de sondage entre Macron et le candidat d’extrême droite Marin Le Pen est-il si petit ? Lepen peut-il être victorieux ? Et qu’est-ce que cela signifierait exactement?

L’élection a confirmé l’effondrement des socialistes de centre-gauche, qui avait commencé lors des élections précédentes, et a provoqué la chute des Golists de centre-droit. L’effondrement des deux grands partis traditionnels au pouvoir marque la fin d’une époque souvent interprétée comme le signe de la crise du système politique et de sa délégitimation. Je pense qu’une telle interprétation est erronée. Macron venait du Parti socialiste (il a été ministre d’une série de gouvernements socialistes) et a également tenté de dominer le centre droit. Il a réussi à attirer de nombreux cadres des deux régions et le succès de son entreprise s’est traduit par la décote à la fois de l’ancien centre gauche et de l’ancien centre droit. Autrement dit, il ne s’agit pas ici de la disparition de l’establishment politique, comme on dit, mais de son unification, voire de sa revalorisation dans le cadre d’un nouveau projet politique unifié.

Mais la démocratie est alimentée par la compétition politique comme un feu d’oxygène. Et Macron a oublié qu’en politique un plus un ne fait pas forcément deux, mais un peu moins. Cette incroyable embuscade politique des deux anciens partis a libéré un espace politique vital couvert principalement par la droite radicale et accessoirement par la gauche radicale de Jean-Luc Melanson. La logique de compétition politique explique donc, je pense, bien mieux les résultats électoraux que la conjecture économique à laquelle nous avons l’habitude de recourir. En d’autres termes, les résultats des élections ne reflètent pas une crise économique profonde. C’est le fruit de la domination politique totale de Macron sur le Centre.

Mais pourquoi la droite radicale s’est-elle hissée au deuxième pôle ? Quand les couches aisées et développées des centres urbains trouvent leur expression politique au Centre, les couches ouvrières et petites-bourgeoises de la région sont particulièrement attirées par le discours anti-systémique de l’extrême droite. Quant à la gauche radicale, elle exprime des couches bourgeoises, principalement des jeunes avec un haut niveau d’instruction et de faibles revenus. Mais le libéralisme de droite, avec le snobisme intellectuel et l’exagération orthopolitique de la gauche, aliène les couches ouvrières et petites-bourgeoises.

Si Le Pen est élu avec la contribution décisive des électeurs de Melanson, cela pourrait également signifier un changement structurel durable.

Dans la mesure où la gauche déplace une autre section de la classe ouvrière, principalement pour des raisons historiques, elle est susceptible de soutenir Lepen au second tour. De plus, beaucoup choisiront de s’abstenir. En d’autres termes, les électeurs de Melanson jugeront du résultat de l’élection. Et si Le Pen est élu avec sa contribution décisive, cela pourrait signifier un changement structurel durable, tout comme ce fut le cas avec le déplacement de la classe ouvrière du nord anglais vers le Parti conservateur après le Brexit.

Une victoire de Le Pen signifierait-elle la fin de la République française ou même de toute l’Union européenne, comme le proclament de nombreux analystes paniqués ? Je pense que ces estimations sont exagérées. Nul doute que les risques seront plus grands et les vibrations plus importantes. Cependant, nous sous-estimons systématiquement la possibilité des régimes démocratiques et de l’UE. pour absorber ces vibrations. Et finalement, si une démocratie ou une union supranationale d’États ne peut pas faire face à un résultat électoral négatif, c’est-à-dire si elle fait face à un danger existentiel tous les quatre ans, quelle raison a-t-elle ?

* Monsieur. Stathis N. Kalyvas est professeur de sciences politiques, titulaire de la chaire Gladstone à l’Université d’Oxford.

Victorine Pelletier

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