Du Mali au Niger – les Français déplacent des troupes en Afrique de l’Ouest

La situation au Mali a radicalement changé ces derniers mois. Les tensions sur la ligne Bamako-Paris ont entraîné l’expulsion du pays d’un nombre important de soldats européens, l’un des principaux piliers de la sécurité dans la région. Mi-février 2022, Paris a précisé que le retrait du Mali était lié à l’embauche par le gouvernement de mercenaires du tristement célèbre groupe russe Wagner. Bamako y consacre environ 10 millions de dollars, principalement payés en or et en pierres précieuses.

Ces actions ont suscité l’indignation car les forces de sécurité locales dépendent largement du soutien financier des partenaires européens. Le gaspillage des ressources allouées à la lutte contre les terroristes est désaffecté depuis de nombreuses années, mais jusqu’à présent, il a été partiellement fermé les yeux au nom de bonnes relations politiques.

Mais quand l’un des pays les plus pauvres et les plus instables du monde, au lieu d’améliorer les capacités de combat de ses troupes, alloue de l’argent aux services d’une société militaire douteuse, son gouvernement doit compter avec de graves conséquences internationales. Le gouvernement de Bamako confirme que la Russie le soutient militairement, mais uniquement en envoyant des formateurs, et non des mercenaires, dans le pays.

Les Français et les Américains soutiennent que le nombre de soldats russes au Mali est de 800 à 1 000. L’explorateur marocain Djallil Lounnas réclamationsque la coopération avec les wagnériens est extrêmement tentante pour les gouvernements sahéliens car les Russes poursuivent des intérêts clairs et « ne se posent pas trop de questions ».

Ces dernières années se sont avérées extrêmement difficiles pour le Mali. Le déclenchement du soulèvement touareg qui exigeait la sécession de l’Azawad indépendant et la reprise éventuelle de l’insurrection par des radicaux islamiques ont incité le gouvernement à demander à la France une intervention militaire. Voyant une opportunité de consolider sa position au Sahel et s’attendant à une victoire facile, l’ancienne puissance coloniale a envoyé des troupes importantes pour stabiliser le Mali. À partir de 2013, date à laquelle l’engagement militaire de Paris a commencé, les opérations ultérieures se sont avérées de plus en plus coûteuses et dangereuses, et l’atteinte de l’objectif stratégique était encore loin.

Cependant, ils ont persuadé les Français de ne pas se retirer de la perte ou de la défaite de leurs adversaires, mais de l’instabilité politique interne. Une série de coups d’État a conduit à une situation dans laquelle Paris n’a pas pu maintenir les relations avec Bamako au niveau actuel en termes d’image et de politique. Pour les Français, cela signifiait en grande partie la fin du soutien du Mali, mais cela ne constituait pas un retrait militaire du Sahel.

Le Niger tente de profiter du refroidissement des relations malo-françaises. Pendant de nombreux mois, Niamey a cherché à gagner les faveurs de la France en créant son image d’allié militaro-politique le plus stable et le plus fiable du Sahel. Au sommet de Paris, le président Mohammed Bazoum a exprimé l’espoir qu’une partie des troupes françaises retirées du Mali seraient en mesure d’équiper les bases au Niger.

Le département de Tillabéri, à la frontière entre le Burkina Faso et le Mali, est particulièrement dangereux, car il est utilisé par les militants comme centre d’opérations à partir duquel lancer des attaques à travers le Sahel. Arrêter la propagation des terroristes vers le sud est d’une grande importance stratégique. Les Français comme les Africains sont conscients des conséquences qui pourraient découler d’un éloignement des extrémistes au large du golfe de Guinée. Leur éventuelle alliance avec des pirates pourrait avoir de graves conséquences.

Cependant, le transfert de troupes au Niger pourrait affaiblir la position stratégique des Français dans la région. Général de brigade à la retraite Jean-Vincent Brisset penseque cela rendrait impossible la conduite d’opérations terrestres à l’échelle actuelle. Niamey est un excellent centre d’opérations aériennes, mais les nouvelles tâches peuvent dépasser les capacités de la base. La décision de choisir le Niger est principalement motivée par une nécessité politique et non par des exigences stratégiques.

La perspective d’une implication française croissante au Niger est controversée parmi les résidents du pays. De nombreux groupes y voient un outil des efforts néocoloniaux pour reconstruire l’empire et la prochaine étape de la dépendance de l’Afrique vis-à-vis d’entités extérieures. L’Union européenne travaille avec Niamey depuis des années pour lutter contre le trafic d’êtres humains que les immigrés font passer clandestinement à travers le désert du Sahara.

Cependant, le soutien fourni est une goutte dans l’océan. Fonds alloués au civil dans les années 2006-2020 projets développement au Niger s’élève à 600 millions d’euros. Néanmoins, aux yeux de nombreux Nigérians, les Européens, et surtout les Français, complotent constamment contre les Africains, et leur présence militaire est un symptôme particulièrement visible de la dépendance à l’ancien empire.

Malgré la corruption et les problèmes politiques qui se sont développés à une ampleur inimaginable, le Niger semble être l’allié le plus fiable des Français qui cherchent à maintenir leur influence dans la région. Le coup d’État militaire au Burkina Faso et le chaos qui a suivi la mort du président tchadien de longue date ont laissé à Paris peu de marge de manœuvre. La ligne politique pro-occidentale de Niamey est une hypothèse héritée du gouvernement du président Mahamadou Issoufou, qui a réussi à nouer des relations étroites avec la France, notamment dans le domaine de la sécurité. La lutte contre le terrorisme et le crime étaient les principaux slogans électoraux du président sortant, donc l’éventuelle invitation des troupes françaises sera certainement utilisée par lui dans la lutte politique interne.

Les autorités nigériennes espèrent que l’aide française contribuera à stabiliser la situation à Tillabéri. L’état d’urgence instauré en 2017 n’a pas contribué à améliorer la sécurité. La population civile a de facto accès à l’éducation, aux soins de santé et à la plupart des services publics de base. Un facteur supplémentaire de déstabilisation de la région est la crise migratoire. Le conflit au Sahel a fait Les données L’ONU abrite 61 000 Maliens et 6 000 Burkes qui ont fui leur patrie au Sahel. Le Niger abrite également la communauté de 139 000 personnes déplacées. Le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde, ne pourra pas faire face seul aux défis auxquels il est confronté.

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Nicolas Pinault (VOA)

Godard Fabien

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